Sur les Traces du Chevalier Murmureur
Sur les Traces du Chevalier Murmureur
Silence
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Silence

Le Pèlerin du Silence

Il marchait depuis des jours sans compter. La poussière s’était faite compagne, le vent lui parlait à demi-mots.

Sous la toile du ciel, il avançait, non plus pour arriver, mais pour écouter.

Au début, il cherchait encore les voix des autres : celles des amis, des amours, des visages croisés sur la route.

Mais peu à peu, le chemin avait tout effacé. Ne restaient que ses pas, le souffle de sa respiration, et ce battement sourd dans son flanc gauche, comme un tambour discret qui lui rappelait que le corps aussi est un guide.

Un matin, alors que la brume s’accrochait encore aux herbes, le pèlerin s’arrêta. Une douleur sourde dans l’aine l’obligea à ralentir. Il voulut lutter, forcer le pas mais quelque chose en lui dit :

« Non. Aujourd’hui, tu ne vas pas plus loin. Tu vas plus au dedans. »

Alors il s’assit au bord du sentier, posa la main sur la douleur et se mit à respirer comme on écoute une source. Ce n’était plus un combat, mais un dialogue.

Dans ce silence, il entendit :

« Tu veux marcher vite, mais ton âme marche lentement. Elle ne cherche plus à rejoindre les autres, elle cherche à se rejoindre elle-même. »

Il resta là longtemps, jusqu’à ce que le soleil perce les nuages et quelque chose changea dans son regard. Le monde autour de lui — les pierres, les insectes, les arbres — se mit à respirer au même rythme que lui.

Il sentit qu’il n’était pas seul, qu’il ne l’avait jamais été. Chaque élément du monde portait un morceau de son histoire, et sa solitude devint alors une immense présence.

Quand il reprit la marche, ce n’était plus le même pas. Son allure était lente, habitée, comme si chaque foulée était un remerciement.

Les douleurs s’apaisèrent sans disparaître tout à fait, mais elles étaient devenues compagnons de route, gardiennes du rythme juste.

Et le soir, quand il croisa d’autres voyageurs, il ne chercha pas à raconter, ni à enseigner. Il posa simplement son regard — clair, tranquille — comme une lampe allumée dans la nuit.

Alors ceux qui le croisaient repartaient plus légers, sans savoir pourquoi, comme si la paix du marcheur avait murmuré en eux :

« Tu n’es jamais seul. Chaque silence que tu habites t’unit un peu plus au monde. »

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